Growth ou Value : quelle stratégie d'investissement choisir ?

16 mai 2021

Depuis quelques mois, les médias financiers parlent de plus en plus du retour de l’investissement Value par rapport aux sociétés de croissance. C’est le retour de l’éternel débat entre les deux stratégies. Quelles sont ces stratégies Growth et Value ? Quelle stratégie a été la plus performante historiquement ? Comment investir en suivant l’une ou l’autre ?

 

Qu’est-ce que le value investing ?

La stratégie value investing consiste à “investir dans la valeur”. Son objectif est de repérer des sociétés mal valorisées par le marché, sous-évaluées par rapport à leur valeur intrinsèque. Elle a été popularisée par de nombreux investisseurs célèbres au 20e siècle, dont Warren Buffet et son mentor Benjamin Graham.

L’investisseur va donc effectuer un travail de recherche important pour analyser des sociétés et les modéliser en actualisant leurs flux financiers futurs afin de définir leur valeur intrinsèque. S’il estime avec des hypothèses raisonnables que ces sociétés sont largement sous-évaluées par le marché, il considère qu’il y a une opportunité de création de valeur importante en investissant dans ces sociétés.

Il est important de noter qu’à l’époque où Benjamin Graham et Warren Buffet ont fait fortune avec cette stratégie, l’information sur les sociétés cotées n’était pas accessible à tous en quelques clics sur internet, la phase de recherche nécessitait de trouver les bonnes sources d’information avec parfois un travail de terrain comme a pu le faire Warren Buffet. Cela ne veut pas dire qu’il n’est plus possible d’investir avec cette approche, simplement que l’information étant plus facilement accessible, il y a sans doute moins de sociétés mal évaluées par le marché, surtout sur les grosses capitalisations (large caps).

Le terme value investing a souvent été détourné faisant l’amalgame avec les sociétés ayant de faibles multiples de valorisation. L’objectif est de trouver des sociétés dont la valeur de marché est sensiblement inférieure à la valeur intrinsèque, basée sur les fondamentaux, et non d’investir dans n’importe quelle société présentant des multiples de valorisation peu élevés, parfois à raison.

Les sociétés visées par cette stratégie sont généralement des sociétés matures pour lesquelles il est moins difficile d’anticiper les flux futurs, mais parfois délaissées par le marché, surtout par les plus jeunes investisseurs, car souvent positionnées sur des secteurs traditionnels moins visibles que les secteurs technologiques par exemple.

Qu’est-ce que le growth investing ?

La stratégie growth investing consiste à investir dans des sociétés en hyper croissance, dont les revenus et profits futurs pourraient être beaucoup plus élevés que les revenus et profits actuels.

L’objectif est de se positionner sur les sociétés qui peuvent devenir les géants de demain en prenant plus de risques, ces sociétés étant plus volatiles et généralement moins installées sur leurs marchés, mais avec la possibilité de viser une performance élevée si la société réussit, comme Netflix ou Amazon ces dernières années.

La valorisation d’une société est l’actualisation des flux futurs, donc plus de croissance implique généralement une valorisation très élevée par rapport à la situation actuelle de la société mais aussi des hypothèses fortes car la société n’a pas atteint un stade de maturité (croissance future, niveaux de marge, taux d’intérêts).

Cette stratégie a été dominante lors de la dernière décennie, dans une économie à faible croissance et avec l’avènement de la Tech. En effet, le succès des GAFAM et leurs modèles à rendements d’échelle croissants ont fait émerger le terme de “winner takes all” : les startups doivent croître le plus vite possible, conquérir leur marché avant de viser une meilleure rentabilité. Si vous misez sur le bon cheval, les gains peuvent être très importants sur le long terme par composition de la croissance élevée.

Pour trouver les meilleures opportunités, les investisseurs growth vont également s’intéresser aux fondamentaux financiers de la société mais surtout à des éléments stratégiques et notamment :

  • Taille du marché visé par la société et positionnement par rapport à la concurrence

  • Modèle économique

  • Capacité du management à porter la vision et gérer la croissance

Ils suivront également avec attention les publications trimestrielles pour évaluer si la société confirme son potentiel ou si un ralentissement de la croissance vient remettre en question leur thèse d’investissement.

Value vs. Growth : quelle performance historique ?

Historiquement, l’investissement value a plutôt surperformé l’investissement growth sauf pendant quelques périodes d’euphorie sur les valeurs technologiques notamment, pendant la bulle de 2000 et en 2020 après le krach du covid19.

Cependant, ces chiffres sont à relativiser car les indices capturent mal l’investissement value. Ils intègrent les sociétés avec des niveaux de valorisation faibles, sur une base quantitative, pas forcément les sociétés dont la valeur intrinsèque est jugée supérieure à la valeur de marché, qui par définition n’est pas identifiée par le marché.

De même, dans un portefeuille diversifié sur 10 ou 15 sociétés de croissance, la performance proviendra souvent d’une ou deux sociétés qui connaîtront une croissance exponentielle sur plusieurs années quand les autres n’atteindront pas ce stade ou verront leur croissance ralentir. Mais à l’image d’un portefeuille de capital risque (VC), une seule réussite exceptionnelle peut parfois suffire à compenser les autres et générer une belle performance sur l’ensemble du portefeuille.

Article Axel - Step by Step - Value vs growth - 2020


Surperformance growth pendant la bulle technologique  :

Article Axel - Step by Step - Value vs growth - 2000

La stratégie growth a créé un écart de performance significatif sur les 5 dernières années, portée par la Tech :

Article Axel - Step by Step - Value vs growth - Last 5


Depuis l’annonce des vaccins et plus particulièrement depuis février, les valeurs Value ont effectué un rattrapage impressionnant. Souvent positionnées sur des secteurs très impactés par le covid et qui profitent de la réouverture de l’économie, notamment aux Etats-Unis, elles ont repris du terrain sur les valeurs de croissance qui étaient en pleine euphorie depuis le printemps 2020.

Article Axel - Step by Step - Value vs growth - Covid

Une histoire de cycle et de rotation

La surperformance du facteur value ou growth dépend donc des cycles de valorisation. Ainsi, quand les valeurs de croissance ont atteint des niveaux de valorisation stratosphériques au Q1 2021, les investisseurs ont eu tendance à vendre ces actions et à réinvestir dans des valeurs plus cycliques moins valorisées et qui peuvent bénéficier de la réouverture.

La remontée des taux d’intérêt aux Etats-Unis a exacerbé ce phénomène. Les flux futurs issus des growth étant plus lointains dans le temps, lorsque le taux auquel ils sont actualisés pour valoriser la société augmente, l’impact est d’autant plus important sur la valorisation actuelle. C’est ce qui se passe depuis plusieurs semaines avec la remontée des taux américains et l’anticipation d’une inflation plus élevée, au moins momentanément. Certains craignent que ce phénomène pousse la FED à arrêter plus rapidement que prévu ses injections de liquidités et à relever le niveau des taux de base plus tôt que prévu. Les valorisations des valeurs technologiques en forte croissance ont en partie reflété cette anticipation, bénéficiant aux valeurs plus cycliques.

Avec le rallye actuel sur les valeurs cycliques, les multiples de valorisation de ces sociétés augmentent jusqu’au point où elles ne sont plus considérées comme des valeurs bon marché par les investisseurs, qui ont souvent tendance à tomber dans l’excès, comme avec les growth avant elles. Les investisseurs seront donc encouragés à les délaisser pour se tourner à nouveau vers les growth qui auront retrouvé des multiples plus cohérents et bénéficient d’une forte croissance.

Les valeurs value une fois bien valorisées, n’en sont plus, et si leur croissance est faible, le gain potentiel est alors plus limité.

Comme souvent sur les marchés financiers, c’est donc une affaire de cycles et de perception, même si certains investisseurs ne jugent que par l’une ou l’autre de ces deux stratégies.

Comment investir dans une stratégie Value ou Growth ?

Le plus naturel et le plus cohérent est de sélectionner des sociétés selon la stratégie souhaitée, en faisant du stock picking. C’est un travail conséquent qui vous permettra de bien analyser la société et de déterminer une éventuelle sous-valorisation par le marché ou son potentiel de croissance, mais cela requiert du temps et l’envie de se plonger en détail dans cette analyse.

Le cas des ETFs

Il existe des ETFs suivant différents indices Value ou Growth comme les indices américains Russel 1000 ou Russel 3000 par exemple. Ils permettent de s’exposer au facteur growth ou value en ciblant de nombreuses stratégies présentant (sur une base quantitative) les critères de croissance ou de valorisation en lien avec cette stratégie, parmi un échantillon plus large de valeur de l’indice Russel.

C’est une approche limitée et en particulier pour le facteur value, car l’analyse quantitative basée sur les niveaux de valorisation va pousser l’indice à intégrer toutes les sociétés avec un niveau de valorisation peu élevé et non celles réellement sous-valorisées par le marché. Si vous souhaitez réellement appliquer cette stratégie, il est préférable de sélectionner vous-même les sociétés.


Quelle stratégie devez-vous choisir ?

C’est avant tout un choix qui dépend du temps que vous êtes prêts à allouer, notamment pour trouver des opportunités de type value. Il est très difficile d’anticiper avec le bon timing les changements de cycle sur les marchés. Pendant des années, les prévisions annonçaient un retour de la stratégie value face aux growth, et notamment la Tech considérée comme survalorisée, mais cela n’a pas été le cas. Le début de tendance observé depuis le début de l’année pourrait de la même manière être temporaire si les nouveaux usages Tech adoptés pendant le covid19 s’installent sur la durée.

Ainsi, il est plus prudent d’éviter de miser uniquement sur ce type de stratégie et d’avoir, au moins pour une large base de son portefeuille, une stratégie généraliste basée sur les principaux indices (MSCI World, S&P 500, etc.). Ceux qui le souhaitent pourront par exemple prévoir une poche d’investissement limitée à 15 à 20% du portefeuille total pour mettre en place une stratégie growth ou value, si vous avez la volonté d’y accorder du temps et d’analyser / suivre des sociétés.

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Par Guillaume Lartigau et Julien Saint Georges, co-fondateurs d’Axel : l’indépendance au service de votre patrimoine

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