IPO d’Airbnb : faut-il investir lors d’une
introduction en bourse ?

10 décembre 2020

L’introduction en bourse très attendue d’Airbnb est prévue pour cette semaine, et devrait être un succès pour l’entreprise. Dans un contexte particulièrement difficile pour le secteur du tourisme, Airbnb a su s’adapter au point d’être en mesure d’effectuer cette IPO en pleine pandémie. L’opération est déjà sur-souscrite et les investisseurs particuliers vont probablement s’arracher les titres Airbnb dans les prochains jours. Cette IPO s’inscrit dans une année record aux Etats-Unis avec déjà plus de 410 IPOs dont celles de Snowflake, Lemonade, Asana ou encore Doordash, et avant Wish dans quelques semaines.

Nous avons tous vu passer des articles “Si vous aviez investi 1 000$ dans l’IPO d’Amazon ou Netflix, vous auriez aujourd’hui XX XXX€”, mais investir lors d’une introduction en bourse est-il un bon investissement ?

Axel - Cover Article IPO

Quelle performance attendre des IPOs ?

Le 1er jour de cotation

Il est généralement difficile pour les particuliers européens de participer à une IPO américaine. Votre première occasion d’acquérir des titres sera donc généralement le 1er jour de cotation. Le jour de l’introduction en bourse, les actions sont proposées aux investisseurs participant à l’opération à un prix fixé par les banques qui conseillent la société. Cependant, ce prix est rarement le prix “d’ouverture” de l’action sur le marché. En effet, au moment de la mise à disposition sur les marchés, chacun pourra proposer d’acheter ou vendre des actions de la société introduite à un prix, et ce jeu de l’offre et de la demande va permettre de définir un prix d’ouverture.

Pour les IPO les plus médiatisées, ce prix d’ouverture est généralement bien supérieur au prix de l’IPO, et l’action est d’ailleurs très volatile au cours de la journée. En effet, des investisseurs ayant participé à l’IPO peuvent être tentés de vendre dans la journée si l’action est en forte hausse, et il n’est pas rare que les particuliers se ruent de façon frénétique pour investir dans la société qui fait la une des médias, comme c’est le cas pour Airbnb ou Doordash.

Axel - Article IPO - Performance

Ainsi, si l’on s’intéresse à quelques opérations médiatisées de ces dernières années,  Zoom a par exemple eu un prix d’ouverture de 80,6% supérieur au prix de l’IPO, 21% pour Lyft ou encore 41% et 73% pour Snap et Twitter. On remarque qu’il est également fréquent que le cours de clôture soit plus faible que celui d’ouverture.

Que se passe-t-il les semaines et les mois suivants ?

Au moment de l’introduction en bourse, les actionnaires historiques de la société ne sont pas autorisés à vendre toutes leurs actions mais seulement une partie (20% du capital par exemple). Ils sont par ailleurs soumis à une période dite de “lock-up”, comme un verrou, qui les empêche de vendre de nouvelles actions pendant un temps (90 ou 180 jours par exemple). En effet, les fondateurs, les fonds de capital risque ou business angels qui détiennent une part importante du capital de la société pourraient être tentés de tout vendre au prix fort à l’IPO, bénéficiant ainsi de la période de forte médiatisation la précédant, et donc provoquer une baisse importante du prix de l’action et beaucoup de volatilité.

Le contrecoup de cette période de lock-up est qu’ils procéderont à cette vente, généralement en plusieurs fois ou au fil de l’eau, avec un décalage de quelques mois, ce qui oriente le prix de l’action à la baisse. Ainsi, en 2019, les actions de Tilray ont baissé de plus de 10% le jour de la fin de la période de lock-up, et celles d’Uber se situaient 40% en dessous du prix d’IPO après l’expiration du lock-up.

Il a même fallu plus de 15 mois à Facebook pour atteindre à nouveau le prix de clôture du 1er jour et 3 ans et demie pour Snap.

Quels sont les risques spécifiques à l’IPO ?

En résumé, pour un investisseur particulier, c’est rarement une bonne opération d’investir au moment ou juste après l’IPO, sauf investissement de long terme, pour plusieurs raisons :

  • La forte médiatisation pousse les investisseurs à sur-payer
  • La société choisit le moment de son IPO : elle estime donc que c’est le moment où elle peut obtenir la meilleure valorisation sur le marché, ce qui veut dire un prix cher pour vous investisseur
  • Il y a un risque significatif de correction suite à l’expiration de la période de lock-up


Mais l’année 2020 est définitivement une année à part

En 2020, les IPOs les plus médiatisées ont connu une performance stratosphérique confirmant que nous sommes probablement entrés dans une bulle spéculative (qui pourrait durer un moment). Ainsi, Snowflake, introduite à 120$ en septembre, cote aujourd’hui à 390$ (+325%) et vaut désormais plus qu’IBM ou AMD.

Palantir, Unity Software, Fubo ou encore Lemonade sont toutes en forte hausse par rapport à leur cours de clôture du 1er jour de cotation, reste à voir comment elles se comporteront à l’approche de la fin de leur lock-up period. Certains sites comme Market Beat ou IPO Scoop répertorient ces dates, utile si vous investissez sur ces sociétés.

Performances des IPOs 2020 par rapport au cours de clôture du 1er jour

Axel - Article IPO - Performance graph

 

Peut-on investir dans les IPOs via un ETF ?

Les sociétés qui viennent de s’introduire en bourse sont généralement très volatiles et vous pourriez donc avoir intérêt à diversifier ces investissements en IPOs pour réduire le risque. Il existe quelques ETFs permettant de le faire avec des règles d’investissement pré-définis. Le plus célèbre, le Renaissance IPO ETF, permet de s’exposer à environ 50 sociétés cotées depuis moins de 2 ans.

Malheureusement, ces ETFs sont uniquement cotés aux Etats-Unis et sont donc rarement accessibles aux investisseurs européens pour des raisons réglementaires. Leur reporting n’est pas conforme au standard européen du DICI (Document d’Information Clé pour l’Investisseur) et les courtiers n’ont donc pas le droit de vous les proposer. Cependant, si l’engouement pour les IPOs perdure, de nouveaux ETFs cotés en Europe pourraient voir le jour.

Alors, j’y vais ou je n’y vais pas ?

Vous l’aurez compris, investir via une IPO comporte des risques spécifiques. Ce qu’il ne faut surtout pas faire ? Acheter au plus haut pendant le 1er jour de peur de rater une occasion en or et revendre quelques mois après, stressé par la perte que vous serez peut être en train de réaliser.

Si vous voulez vraiment investir dans une société qui s’introduit en bourse :

  1. Prenez le temps de bien lire toutes les infos du “prospectus d’introduction” qui est mis à disposition à ce moment là : vous y apprendrez plein de choses sur le business, le marché et la situation financière de la société et vous pourrez ainsi vous faire une idée de sa capacité à générer des profits à l’avenir (au moment de leur IPO les sociétés tech génèrent bien souvent des pertes)
  2. Attendez que la volatilité des premiers jours / semaines se dissipe, et pourquoi pas, investir à l’issue de la période de lock-up par exemple si le prix est attractif et que vous êtes convaincu par les fondamentaux de cette société
  3. Si vous voulez absolument investir dès l’IPO pour profiter d’une éventuelle spéculation comme cela a été le cas sur beaucoup d’IPOs en 2020, fixez vous un montant maximum et investissez le en plusieurs fois, pour pouvoir vous renforcer et baisser votre prix de revient en cas de baisse
  4. Investissez dans une perspective de long terme


Pour finir, voici ce que disait célèbre investisseur américain Warren Buffet
sur le sujet :

“We haven’t bought an initial public offering — I haven’t, Charlie [Munger, his partner] hasn’t — I think since 1955, I bought 100 shares of Ford when they came out…I think buying new offerings during hot periods in the market I don’t think is anything that the average person should think about at all.”

Mais comme 2020 est décidément une année à part, même Warren Buffet a renoué avec les IPOs en investissant dans Snowflake.

Pour ceux qui souhaitent suivre les IPOs américaines, la newsletter The Generalist propose des analyses des documents d’introduction. Voici celle consacrée à Airbnb.

***

Par Guillaume Lartigau et Julien Saint Georges, co-fondateurs d’Axel : l’indépendance au service de votre patrimoine

Pour recevoir tous les prochains articles directement par email n’hésitez pas à vous inscrire ci-dessous à la newsletter et à la partager autour de vous !