Comment investir en période de crise ?

26 mars 2020

Depuis un mois les marchés actions ont fortement chuté à cause de la pandémie qui nous touche actuellement. Le CAC 40 a ainsi perdu près de 24% sur cette période, alors que le S&P 500 a lui reculé de 20%. Pour un investisseur de long terme, aucune raison de changer ses habitudes d’investissement, il faut au contraire continuer à investir pour profiter de l’opportunité.

Investir en période de criseCrédits : Mark Finn

Les marchés financiers et l’incertitude

Les investisseurs détestent l’incertitude, or la période actuelle en est remplie. Avec la pandémie de coronavirus qui touche désormais presque tous les pays du monde, personne ne peut prédire quand la situation reviendra à la normale et quand l’économie mondiale pourra repartir. Si bien que les investisseurs fuient le risque et préfèrent posséder des liquidités ou des actifs sans risque, d’où la vente massive d’actions ces dernières semaines.

Même si les algorithmes et les fonds dits passifs ont un poids de plus en plus important sur les marchés, ce sont bien des humains qui influencent encore très largement le prix des actifs cotés en bourse. Or pendant une crise, de nombreux investisseurs ont tendance à céder au stress voire à la panique, surtout s’ils ont un horizon d’investissement de court terme, et donc à amplifier les mouvements de baisse.

Une crise d’une telle intensité arrive rarement et c’est une période qui doit être riche d’enseignements, notamment pour un investisseur particulier et même si cela fait plusieurs années qu’il a commencé à investir. Elle doit vous permettre d’en apprendre un peu plus sur vous-même et notamment sur votre réaction face au stress que peut engendrer le fait d’investir en bourse et potentiellement d’y réaliser des pertes. Avec quelques bons réflexes il est cependant moins difficile de traverser une telle période :

  • il faut tout d’abord résister à la tentation de vouloir regarder le solde de son portefeuille d’investissements trop souvent
  • mais aussi ne pas passer trop de temps à lire, ou regarder, les médias spécialisés (surtout certaines chaînes de télévision).

Pour un investisseur long terme, il peut certes s’agir d’une période difficile à vivre mentalement mais il ne faut pas paniquer et au contraire prendre un peu de recul pour bien comprendre l’opportunité qui se présente, et éviter de prendre des décisions sous le coup de la panique. En restant les yeux rivés sur votre portefeuille dans le rouge ou devant une chaîne d’information en continu annonçant la fin du capitalisme, vous risquez de céder à vos émotions et vendre au moment le moins opportun.

Une opportunité à saisir

Petit rappel mathématique rapide : le CAC 40 ayant perdu 24% en un mois, il lui faudrait bien entendu une hausse significativement plus importante que 24% pour revenir à son niveau pré crise. Pour être précis, en l’état actuel, il faudra un gain de l’ordre de 32% sur les prochains mois ou années pour y parvenir.

Performance investissement suite à une baisse

Si on est confiant quant à la capacité des marchés financiers à rebondir et à continuer de croître sur le long terme alors ces chiffres montrent clairement qu’il est intéressant de continuer à investir régulièrement, surtout en période de crise, pour ne pas rater l’opportunité qui se présente. 

Ce n’est en aucun cas une garantie sur l’évolution future des marchés financiers mais historiquement la croissance sur le long terme a été au rendez-vous et toutes les crises ont été effacées, plus ou moins rapidement certes. Si l’on regarde par exemple l’indice américain S&P 500 depuis début 2008, on voit que la crise de 2008 à mis plusieurs années avant d’être complètement effacée alors qu’il n’a fallu que quelques mois pour se remettre de la chute de fin 2018 :

S&P 500 bull & bear markets

La situation idéale serait bien entendu d’investir toutes ses économies au point le plus bas de la crise actuelle. Mais comment savoir si nous y sommes déjà ou si nous y serons dans 1 semaine, 1 mois ou 1 an ? C’est impossible donc il ne sert à rien d’attendre ou de tout vendre en se disant qu’on ré-investira plus tard quand on sera au plus bas. D’une part cela engendre des frais de transaction, qui vont venir réduire votre performance, et d’autre part, c’est surtout prendre le risque de rater des séances de hausse.

Une analyse de JP Morgan Asset Management montre ainsi qu’entre 1995 et 2014, 60% des meilleures performances de l’indice américain S&P 500 sur une journée ont eu lieu dans les deux semaines suivant une des 10 pires journées. Ainsi, un investisseur qui a gardé son investissement sur le S&P 500 entre début 1995 et fin 2014 a réalisé une performance de 555%, soit près de 10% par an, et ce malgré l’éclatement de la bulle internet et la crise de 2008. Mais si ce même investisseur avait raté les 10 principales journées de hausse, en vendant de peur de connaître de nouvelles baisses, sa performance serait tombée à 191%.

Il n’y a pas que la bourse dans la vie

Certains investisseurs pourraient être tentés de vendre leurs actions et de réinvestir une partie de cet argent sur d’autres classes d’actifs risqués, par exemple le financement participatif ou l’immobilier. La diversification est évidemment une composante majeure d’une bonne gestion du risque de son patrimoine mais attention, dans la période actuelle, il est difficile d’avoir une bonne visibilité sur l’impact que cette crise d’origine sanitaire aura sur les autres classes d’actifs.

Les PME, qui sont au coeur du financement participatif, vont par exemple être elles aussi très fortement impactées par cette crise. Certaines plateformes, afin notamment d’essayer de minimiser les risques de défaut sur les prêts accordés, ont par exemple proposé à leurs utilisateurs d’accepter de suspendre une partie des remboursements pendant plusieurs mois pour permettre aux entreprises de préserver une partie de leur trésorerie. 

Du côté de l’immobilier, il faut avoir en tête que certaines entreprises vont demander un report du paiement de leur loyer pendant plusieurs mois, ce qui aura un impact sur les rendements des SCPI en 2020. Alors que du côté du neuf, les chantiers de construction sont à l’arrêt et les programmes immobiliers vont donc prendre du retard.

Lors de la construction d’une stratégie patrimoniale il est impératif de diversifier son patrimoine mais attention à ne pas faire de rééquilibrage trop hâtif pendant une période de crise au risque de faire des mauvais choix. 

Synthèse pour un investisseur long-terme déjà actif

Votre portefeuille boursier a fortement baissé, mais comme vous venez de le lire ce n’est surtout pas le moment de paniquer. Vous n’avez pas besoin de cet argent à court terme, il n’y a pas donc de problème majeur. Ne vendez pas et continuez à mettre en place votre stratégie régulièrement tout en profitant de cette période pour renforcer certaines de vos positions à moindre coût et ainsi lisser votre prix d’entrée.

Cette crise est aussi une piqûre de rappel : lorsque vous arriverez vers la fin de votre horizon d’investissement, c’est à dire la date à laquelle vous pensez avoir besoin de cet argent, il faudra réduire de plus en plus le niveau de risque votre portefeuille. La stratégie est la même que lors de la phase d’investissement mais inversée, il vous faudra vendre progressivement vos actifs risqués et soit conserver des liquidités soit investir sur des supports peu risqués.

Synthèse pour un nouvel investisseur

La période actuelle est propice pour un nouvel investisseur souhaitant entrer en bourse avec une approche long terme et le souhait de se constituer un portefeuille diversifié.

Pour s’affranchir de l’incertitude liée à la durée de la crise, nous vous conseillons d’y aller progressivement en faisant ce qu’on appelle du Dollar Cost Averaging. Par exemple, si vous voulez investir 500€, faites le plutôt en 3 ou 4 fois, en espaçant les investissements de plusieurs jours ou semaines, plutôt qu’en une seule fois, et si vous avez une somme importante à investir, investissez là sur plusieurs mois. Cela vous permettra de lisser votre prix d’entrée et donc de réduire votre prix moyen de revient si la baisse continue.

Cette méthode est d’autant plus conseillée pour les nouveaux investisseurs qu’elle permet de s’habituer progressivement au fait d’avoir un portefeuille boursier, dont la valeur varie quotidiennement, et donc de voir comment on réagit dans une telle situation.

Avant de se lancer, il faut penser à faire le point sur son patrimoine et ses objectifs afin de s’assurer que la stratégie mise en place est cohérente en termes de niveau de risque et d’horizon de temps avec son profil d’investisseur.

Vous trouverez des articles sur notre blog pour entamer votre réflexion et si vous le souhaitez les conseillers Axel seront ravis de vous accompagner dans cette démarche, n’hésitez pas à les contacter.

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Guillaume et Julien, co-fondateurs d’Axel