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Uber, ou comment devenir milliardaire en perdant des milliards

19 avril 2019

L’introduction en bourse la plus attendue de l’année et l’une des plus importante de l’histoire approche ! Les dernières rumeurs parlent d’une valorisation de 100 milliards de dollars, pour une entreprise qui a pourtant perdu près de 10 milliards de dollars en 3 ans… (n’essayez pas de faire la même chose à la maison !) Incompréhensible ? Non. Optimiste ? Peut être.

Pour gagner de l’argent, faut-il en dépenser ?

Les chiffres opérationnels d’Uber à fin 2018 sont impressionnants :

  • 11,3 milliards de $ de chiffre d’affaires (“CA”)
  • 91 millions d’utilisateurs actifs par mois
  • 14 millions d’actions par jour sur la plateforme (trajets ou livraisons Eats)
  • 3,9 millions de chauffeurs

Mais le tableau n’est pas aussi parfait qu’il y paraît. La croissance est plus lente que ces dernières années :

  • le CA n’a ainsi progressé “que” de +42% en 2018, contre +92% en 2017
  • le nombre d’utilisateurs actifs de +34%, contre +51% en 2017.

Et les pertes opérationnelles restent très importantes : 3 milliards de $ en 2018 et 4 milliards en 2017. De l’aveu de la société elle-même, elle va continuer à être largement dans le rouge dans les prochaines années, du fait de la concurrence et des investissements prévus :

  • une concurrence extrêmement rude qui oblige Uber à faire des offres promotionnelles, et à laisser une part du gâteau plus importante à ses chauffeurs afin de garder sa position dominante
  • des investissements massifs destinés au lancement d’Uber dans de nouveaux pays et au développement de nouveaux services (Uber Eats, le transport de marchandises, la voiture autonome, etc.). Ces investissements vont mettre des années avant de porter leurs fruits.

Mais alors, comment imaginer que des investisseurs souhaitent participer à l’introduction en bourse et qu’ils sont prêts à injecter 10 milliards de $ de plus dans ce qui semble être un puits sans fond ?

Ce n’est pas une première

Uber est loin d’être la première entreprise tech déficitaire à faire son introduction en bourse, ou IPO comme disent les américains. Pour ne citer que quelques exemples, il y a aussi eu : Snap (2017), Twitter (2013) ou Tesla (2010).

Si on remonte dans le temps on trouve aussi Amazon. Bien que d’une taille beaucoup plus modeste à l’époque qu’Uber aujourd’hui, Amazon avait perdu de l’argent les deux années précédant son IPO en 1997, et a continué à en perdre les cinq années suivantes. Aujourd’hui ? Amazon est le mastodonte que tout le monde connaît et a réalisé un profit de 10 milliards de $ en 2018, alors que son cours de bourse est passé de moins de 2 $ à plus de 1 800 $.

Un futur radieux ?

La valorisation d’une société se base sur ses perspectives futures et non pas sur son passé. En effet, la valeur que les investisseurs donnent à une entreprise reflète la part qui leur reviendra de tous les profits futurs qu’ils espèrent que l’entreprise va réaliser. Les dirigeants doivent donc arriver à convaincre sur la capacité de la société à devenir profitable dans les prochaines années, sur la façon dont ils vont financer son développement en attendant, et sur leur approche face aux risques encourus (le statut des chauffeurs par exemple).

Uber a plusieurs atouts de taille : c’est une marque iconique, mondialement connue et qui a inventé un nouveau modèle économique (le terme “uberiser” a été utilisé à toutes les sauces ces dernières années) ainsi qu’une nouvelle forme de mobilité. Uber est bien le leader incontesté de toute une industrie.

De plus, Uber a encore un matelas de trésorerie important (6,4 milliards de $), et ce avant même les 10 milliards d’argent frais qui devraient être levés au moment de l’introduction en bourse. Uber a donc la possibilité de s’assurer un quasi monopole ou en tout cas de pouvoir profiter de sa position dominante pour un jour espérer finir par en tirer profit.

Investir aujourd’hui dans Uber, c’est donc croire en la capacité de la société à passer à la vitesse supérieure et à devenir un acteur ultra dominant dans son secteur ainsi qu’à atteindre un stade de maturité suffisant pour rendre son modèle économique enfin rentable. Mais c’est surtout  croire en sa capacité à surmonter les obstacles : la réparation de son image de marque dégradée suite à plusieurs scandales, le risque de requalification des chauffeurs indépendants en salariés ou encore la transition vers la voiture autonome.

Uber, Lyft, même combat ?


Les plus observateurs d’entre vous feront surement un parallèle avec Lyft, un concurrent nord-américain d’Uber, qui vient très récemment de faire son IPO et dont la performance boursière n’est pas brillante pour le moment. Mais il est trop tôt pour en tirer des conclusions sur la performance à long terme du titre ou sur celle du secteur. Comme mentionné plus haut, Uber est un tout autre animal que Lyft, société dont le CA est par exemple 5x plus petit que celui d’Uber, et qui n’est présente qu’aux US et uniquement sur le transport de passagers.

Alors, prêt à mettre un billet sur Uber ?

C’est à la lumière de ces interrogations que chacun doit se faire sa propre idée sur la crédibilité d’une valorisation de 100 milliards de $ pour Uber en 2019. Le sentiment majoritaire des investisseurs va déterminer l’évolution du prix de l’action post IPO.

Avant de passer à l’action, et comme l’année 2019 s’annonce très chargée en introductions en bourse pour la tech américaine, attends notre prochain article qui t’aidera à savoir si c’est un bon plan d’investir juste après une IPO.

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Guillaume et Julien, co-fondateurs d’Axel

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